Dimanche s’achevait sur les Champs-Élysées la 102e édition du Tour de France. Quelques heures avant la victoire du Britannique Christopher Froome, la Néerlandaise Anna van der Breggen a également atteint cette arrivée, dans le cadre de La Course by le Tour de France. Cela vous parle ? Un peu ? Pas du tout ? Retour sur la relation compliquée entre le Tour de France et les femmes cyclistes.

Des dates et des citations

En 1955, le premier Tour de France féminin est organisé par le journal Route et Piste, grâce à l’initiative de Jean Leulliot. Il y a cinq étapes, pour 41 participantes. La presse est très sceptique : beaucoup de journalistes se sont prononcés négativement sur la course, tels que l’Équipe et Europe1. Bien que progressiste, Jean Leulliot reste assez représentatif des mentalités de l’époque. S’il loue le courage, l’endurance et l’enthousiasme des filles, il ne cache pas leurs défauts perfectibles :

Elles ne savent pas démarrer, elles restent sur leurs jambes le soir à l’étape pour aller faire les magasins, et, enfin, elles bavardent trop.

Entre 1984 et 1989, un Tour de France féminin est organisé par la Société du Tour de France. Il a lieu en lever de rideau de la course masculine. Les 36 participantes de la première édition ont alors un circuit de 1000 kilomètres spécialement conçu pour elles, à boucler en 18 jours. Dans un reportage sur le début de la première édition réalisé par France 2, une journaliste fait une remarque à une coureuse française, qui lui répond de la meilleure façon possible :

Mais si vous gardez ce rythme, vous n’arriverez jamais le 22 sur les Champs-Élysées ! » « Oh ben si !

Entre 1992 et 2009, avec un changement d’organisateurs, une nouvelle épreuve est proposée aux cyclistes féminines. D’abord appelé le Tour cycliste féminin, le nom est changé en 1998 pour devenir la Grande Boucle féminine. Pourquoi ? Parce que le nom « Tour » est réservé à la Société du Tour de France, affirmant d’ailleurs que cet usage pour l’épreuve féminine portait atteinte à l’image du Tour masculin. #logique

Ces tours étaient très inégaux. D’abord allant de 10 à 15 étapes, certaines grandes boucles duraient moins d’une semaine. En 2009, il y avait 66 concurrentes pour une épreuve de quatre jours. La gagnante d’alors, Emma Pooley, résumait parfaitement la situation :

La course est plus une Petite Boucle qu’une Grande.

Aujourd’hui, depuis 2014, se tient le dernier jour du Tour de France une épreuve unique pour les femmes, consistant à faire 13 tours des Champs-Élysées. Cette épreuve a pu voir le jour à la suite d’une pétition ayant rencontré un franc succès en 2013. Nommée La Course by le Tour de France, cette épreuve fait 89 km. En comparaison, les hommes parcourent 3 360 km en tout, et 109,5 km lors de la dernière étape. La gagnante de La Course by le Tour de France reçoit 6000 €. Le gagnant d’une étape du Tour remporte 8000 €, et le vainqueur final 450 000 €. #comparaison

L’épreuve a néanmoins donné une grande impulsion au cyclisme féminin, et peut-être permettra-t-il dans quelques années de voir apparaître un véritable Tour de France féminin. #plusdeparité

présentateur télé annonçant tour de france féminin 1984
« Elles sont sans doute plus discrètes que les messieurs, mais elles sont bien là. » Reportage télévisé diffusé sur Antenne 2 le premier jour du Tour de France féminin en 1984. CC- INA

Pas encore de « vrai » Tour de France féminin ? Trois raisons prétextes :

Le fait d’organiser un Tour de France féminin en parallèle du masculin serait un cauchemar logitistique. Mauvaise foi, esprit défaitiste et manque d’inventivité : voilà ce qui a plombé l’ancien Tour des années 80, et non le problème logistique.

Le sport féminin n’est pas assez attractif. On vous en parlait récemment, il est vrai que les audiences sont souvent en deçà de celles des compétitions masculines. Certes. Mais les compétitions sportives avec des programmes masculins et féminins en parallèle attirent chacun tout autant de spectateurs. Vous imaginez un Roland Garros ou un Wimbledon sans une compétition dame résonnant de cris plus stridents à chaque match ? Non, bien sûr.

Brian Cookson, l’actuel président de l’Union cycliste internationale (UCI) depuis 2013 a formulé que les femmes ne sont pas physiquement capables de courir 21 étapes. C’est faux, selon la science. À la fin des années 1960, il était admis que pour d’obscures raisons médicales, les femmes ne pouvaient pas courir le marathon. En 1984, le premier marathon olympique féminin eut lieu à Los Angeles.

Wait and see.