Ils étaient quatre candidats en lice pour prendre la tête du parti travailliste au lendemain de l’échec d’Ed Miliband, aux élections législatives du 8 mai. Samedi, à la surprise générale (ou presque), c’est Jeremy Corbyn, 66 ans, qui est élu avec 59,6 % des voix. Deux questions : qui est le nouveau leader du principal parti d’opposition britannique et quel est son projet politique ?

Outsider

Jeremy Corbyn, c’est le favori improbable des militants et des syndicats qui veulent qu’après cinq ans de politique d’austérité, le Labour opère un virage à gauche. Son élection à la tête du Labour est surprenante car en Grande-Bretagne les élections se gagnent au centre (ou le pragmatisme en politique). D’autant que ses idées, jugées radicales, sèment pourtant un vent de panique au sein même du parti qui s’imagine, être relégué dans l’opposition pour des années encore, si l’électorat modéré n’est pas reconquis.

Député du nord de Londres

Jeremy Corbyn est élu député de la circonscription d’Islington North, un quartier du nord de Londres, depuis 1983. Il a voté 533 fois contre sa formation à la Chambre des communes depuis 1997 et l’arrivée de Tony Blair au pouvoir. Il est à l’opposé de l’ancien Premier ministre, et même s’il s’est montré moins à l’aise lors des débats face à ses adversaires, ses soutiens ne semblent pas décliner pour le moment.

Alternative idéologique

Né en 1949, à Chippenham dans l’ouest de l’Angleterre, son père est ingénieur et sa mère enseignante. Très jeune, il adopte une position anti-militariste. Il est végétarien, il ne boit pas d’alcool, il cultive son propre jardin et se déplace à vélo. Dernièrement, ses meetings ont rassemblé des milliers de personnes séduites par ce qu’il représente : « une alternative idéologique, une vision du monde basée sur l’empathie et la coopération, plutôt que la compétition et l’ambition », d’après Barry Smith, infirmière à la retraite de 72 ans, pendant la campagne.

Corbynomics

Adversaire farouche de la politique d’austérité menée par le gouvernement de David Cameron et opposé le projet d’accord de libre-échange entre l’Europe et les États-Unis, Jeremy Corbyn se présente comme un protecteur des plus démunis et propose de mieux répartir les richesses du pays : augmentation des impôts des entreprises et des plus fortunés, mesures de contrôle des loyers, renationalisation du rail et de l’énergie, « salaire maximum » pour les grands patrons.

Stop the War + Nuclear Disarmament

Hostile au fonctionnement actuel de l’Otan, Corbyn entend aussi associer le Hamas et le Hezbollah aux pourparlers de paix au Proche-Orient. Il est favorable au démantèlement des sous-marins nucléaires britanniques et souhaite se débarrasser des armes nucléaires « coûteuses et dangereuses », afin de mettre un terme aux guerres. Il a présenté des excuses pour l’intervention des Britanniques en Irak.

Eurosceptique

Favorable à l’accueil des réfugiés, il a salué l’attitude actuelle de l’Allemagne. Eurosceptique mais partisan d’une Europe plus sociale, il n’a pas clairement indiqué s’il allait militer pour ou contre une sortie de la Grande-Bretagne de l’UE lors du référendum promis par le gouvernement conservateur, à la fin 2017.

Républicain convaincu

Jeremy Corbyn s’est prononcé pour une limitation des prérogatives de la reine, toutes formelles qu’elle soient, sans pour autant s’attaquer à la monarchie.

Cannabis et Tube

En 2000, Corbyn s’est prononcé en faveur d’une dépénalisation de la possession et de la culture du cannabis. Récemment, il s’est dit ouvert à la mise en place de rames réservées aux femmes dans les transports en commun, pour limiter les agressions sexuelles et le harcèlement.