Soulagement ou pas. Les parlements allemands et néerlandais ont validé mercredi un troisième plan d’aide à la Grèce à hauteur de 86 milliards d’euros. Ce jeudi, une partie d’une première tranche de 26 milliards d’euros a été versée. Sauvée ? Pas certain vu les conditions imposées par les créanciers.

Au regard du fait que le parlement grec a déjà adopté une grosse partie des mesures (de réformes), il serait irresponsable de ne pas utiliser cette chance pour un nouveau départ en Grèce

Le ministre des Finances allemand Wolfgang Schäuble, pourtant jugé très dur envers la Grèce, a défendu le plan d’aide ce mercredi devant le Bundestag. Décrié par des conservateurs dissidents de plus en plus nombreux, il a, tout de même, été approuvé à une large majorité par le parlement allemand.

Ce vote, ainsi que celui du parlement néerlandais, étaient les dernières étapes pour que la Grèce obtienne ces milliards d’euros d’aide, destinés à la sortir de la crise, mais aussi à éviter une explosion de la zone euro. En effet, un premier versement de 23 milliards d’euros a été effectué ce jeudi dont près de la moitié est destinée à recapitaliser les banques, l’autre à rembourser les dettes grecques auprès des institutions internationales. #surendettement

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Sur les 23 milliards d’euros versés ce jeudi, 10 sont destinés à la recapitalisation des banques et 12 milliards à rembourser les dettes de la Grèce auprès de ses créanciers.

Les 3 milliards d’euros supplémentaires de la première tranche seront versés avant fin-novembre et devraient servir à la mise en oeuvre des mesures exigées par les ministres des Finances de la zone euro.

Cure d’austérité et diktat

L’accord conclu vendredi entre la Grèce et les ministres des finances de la zone euro est particulièrement exigent. Ce memorandum peut être même jugé comme allant à l’encontre de la politique mené par le chef d’Etat grec. Wolfgang Schaüble, devant le Bundestag, a ainsi expliqué qu’Alexis Tsipras devait « faire l’inverse de ce qu’il a promis » à son électorat. Le Premier ministre grec avait en effet été élu lors d’élections anticipées pour mettre fin à la rigueur et aux « diktats de la troïka ».

Pour les autorités européennes, pas question de se faire avoir cette fois. Il s’agit du 3e plan d’aide accordé à la Grèce et les précédents ont été jugés inefficaces quant aux résultats, du fait notamment d’une « insuffisante mise en œuvre », d’après les conseillers bruxellois.

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En 2010 et 2012, la Grèce avait bénéficié de plans d’aide plus importants mais dont les résultats laissent à désirer d’après Bruxelles.

Pour ce troisième prêt colossal, les créanciers européens imposent à la Grèce de nombreuses réformes : augmentation de la TVA de 13 à 23 %, augmentation de l’impôt sur les sociétés, libéralisation de l’économie passant par l’établissement d’un prix du pain au kilo, la prolongation de la durée de conservation du lait pasteurisé en supermarché, mais aussi une réforme de la justice et également une puissante vague de privatisation. Un fonds de 50 milliards est prévu à cet effet, 14 aéroports, jusqu’alors gérés par Athènes ont ainsi été vendus le 18 août.

Des objectifs insoutenables et risqués

Le FMI devrait prendre en charge un tiers de la somme prêtée à la Grèce, facturée à un taux d’intérêt de 1%, mais ne donnera confirmation qu’en octobre. Avant de s’engager, l’institution mondiale exige que la Grèce réduise sa dette jugée « insoutenable », elle s’élève à près de 200 % du PIB contre 96,4 % en France en 2015 par exemple. Pour cela, des négociations devrait avoir lieu avec les institutions européennes, bien que l’Allemagne refuse tout effacement pur et simple. En 2012, le secteur privé avait accepté un effacement de 100 milliards de dette publique grecque.

Les objectifs fixés par le memorandum en terme de réduction du déficit public sont extrêmement exigeants, voire impossibles à remplir pour de nombreux observateurs. En comparaison, la France est plutôt bien lotie, les efforts exigés par la commission européenne sont moins importants et les objectifs fixés devraient pouvoir être atteints.

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Alors que d’ici 2017, la Grèce doit faire passer son solde budgétaire de – 3 % à + 3,5 %, la France ne doit le faire passer que de – 4 % à -2,8 %. (objectifs de la commission européenne pour 2015, 2016, 2017 et 2018)

Une telle réduction des dépenses publiques, une augmentation des prélèvements, en somme une cure d’austérité, risque de mettre à mal la croissance grecque déjà en récession de 2,3 % cette année.